Flexibilité et règles de réseau

Écrêtement des pointes et déplacement de charge

Écrêtement des pointes ou déplacement de charge : procédé, batterie, intervalles, redevances de capacité, rattrapage et mesures.

Deux sites peuvent réduire le même nombre de kWh et obtenir des économies très différentes : l’écrêtement des pointes et le déplacement de charge agissent sur des postes distincts de la facture. Une même action peut produire les deux effets. L’écrêtement réduit la puissance maximale facturée en kW ou en kVA : frais de puissance, redevance de capacité ou pénalité de dépassement de la limite de raccordement. Le déplacement de charge réduit le coût des kWh lorsque le prix unitaire varie selon l’heure. Avant de choisir, repérez lequel de ces postes pèse le plus sur la facture du site.

Comparaison

Écrêtement des pointesDéplacement de charge
ObjectifRéduire la puissance maximale sur un intervalle de comptage (kW ou kVA)Déplacer la consommation (kWh) vers des périodes moins chères ou moins carbonées
Économies possiblesFrais de puissance, redevances de capacité et de dépassement, travaux de raccordementPrix de l’énergie variables selon l’heure
Énergie totaleInchangée, ou accrue d’environ 10 % de l’énergie déplacée avec une batterieInchangée pour un procédé déplacé ; accrue par le préchauffage ou le prérefroidissement et leurs pertes supplémentaires
Moyens courantsBatteries, délestage, démarrage d’un groupe électrogène, limitation de la recharge des VEProgrammation des procédés, préchauffage ou prérefroidissement, recharge nocturne des VE
Risque principalBatterie déchargée avant la fin de l’intervalleCharge déplacée qui coïncide avec une autre charge ou une autre période tarifaire élevée

Exemple chiffré : déplacer un procédé

Un site appelle en permanence 100 kW le jour et 40 kW la nuit. Un procédé par lots ajoute 80 kW pendant 30 minutes à 17 h 30 chaque jour ouvré. Il est déplacé à 23 h 30 :

Sans modificationProcédé déplacé à 23 h 30
Puissance pendant le procédé100 + 80 = 180 kW40 + 80 = 120 kW
Puissance maximale du site180 kW120 kW, le procédé sur le talon nocturne
Énergie consommée par le procédé40 kWh40 kWh

Le déplacement reporte 40 kWh et réduit aussi la pointe de 60 kW. Pour illustrer le calcul, prenons des frais de puissance de 10 €/kW par mois, un tarif de jour de 0,25 €/kWh, un tarif de nuit de 0,15 €/kWh et 22 jours ouvrés :

Poste de la factureÉconomie mensuelle
Puissance : 60 kW × 10 €600 €
Énergie : 40 kWh × (0,25 € − 0,15 €) × 22 jours88 €

L’économie sur la puissance est presque sept fois celle sur l’énergie, car un événement de 30 minutes détermine la puissance facturée pour tout le mois. Dans le barème 2022/23 d’ESB Networks pour les groupes de puissance maximale DG7 à DG9b, un démarrage à 17 h 30 tombe aussi dans la plage tarifaire de pointe de 17 h à 19 h. Le tarif de nuit ne commence qu’à 23 h ; déplacer le procédé à 22 h laisserait donc son énergie au tarif de jour.

Exemple chiffré : une batterie

Le procédé reste à 17 h 30. Le contrôleur de batterie maintient l’importation du site à 130 kW. Pendant 30 minutes, le site a besoin de 180 kW : la batterie fournit donc 50 kW, soit 25 kWh. Avec un rendement aller-retour de 90 % mesuré aux bornes CA, elle doit prélever environ 28 kWh sur le réseau pour se recharger. Ses auxiliaires et sa climatisation s’y ajoutent, surtout lorsqu’elle effectue de petits cycles.

La recharge fait partie du dimensionnement. À 50 kW, 28 kWh demandent environ 34 minutes. La nuit, la charge du site est de 40 kW : l’importation pendant la recharge atteint 90 kW, sous le seuil. Si la batterie se recharge à 14 h alors que le talon diurne est de 100 kW, l’importation atteint 150 kW. Cette nouvelle pointe efface 20 kW des 50 kW gagnés.

Avec le même tarif illustratif, l’économie sur la puissance est de 50 kW × 10 € = 500 € par mois. Le poste énergie ne change que de 25 × 0,25 € − 28 × 0,15 € = 2,05 € par jour, soit environ 45 € par mois. La valeur de la batterie vient surtout de la puissance évitée.

Dimensionnez l’énergie nécessaire à partir de l’aire comprise entre la courbe de charge et le seuil, pendant la plus longue pointe attendue. Si le procédé dure 45 minutes, la batterie doit fournir 50 kW × 0,75 h = 37,5 kWh, et non 25 kWh. Ajoutez une marge pour les erreurs de prévision et un état de charge initial inférieur à 100 %, puis retranchez l’énergie réservée à d’autres services. Une fois la pointe du mois établie, relevez le seuil à cette valeur pour le reste de la période de facturation. Écrêter davantage n’économise plus rien sur la puissance facturée et use la batterie. Le guide BESS précise quel système gère chaque limite.

L’intervalle de comptage détermine la facture

La puissance facturée est la moyenne d’un intervalle de comptage, pas la pointe instantanée. L’intervalle dure généralement 15 ou 30 minutes. Une surpuissance de 60 kW pendant 2 minutes au-dessus d’un talon de 100 kW ajoute seulement 60 × 2 / 30 = 4 kW à la moyenne sur 30 minutes. Maintenue pendant les 30 minutes, elle ajoute 60 kW. Le calculateur de puissance par intervalle convertit l’énergie d’un intervalle en puissance moyenne. Avec cette brève surpuissance, la demi-heure contient 50 + 2 = 52 kWh :

Puisque la facture retient la moyenne, un contrôleur peut compenser une réaction tardive dans le même intervalle. Si la batterie démarre avec 3 minutes de retard, le site importe 50 kW de trop pendant 3 minutes, soit 2,5 kWh. Pour maintenir la moyenne de 30 minutes à 130 kW, le contrôleur doit ensuite maintenir l’importation à 130 − 2,5 / 0,45 ≈ 124 kW pendant les 27 minutes restantes. Un contrôleur qui ne suit que la valeur instantanée laisse la moyenne de l’intervalle à 135 kW. Son compteur n’est pas non plus celui de la facturation. Même avec des compteurs et des TC de classe 0,5S aux deux points, les relevés peuvent différer d’environ 2 % : placez le seuil au moins autant sous la cible.

Certains tarifs conservent une pointe sur plus d’un mois. Le ministère américain de l’Énergie décrit des clauses de report où la puissance facturée est la plus élevée entre la pointe du mois et une fraction de la pointe des 11 mois précédents. D’autres tarifs ne facturent la puissance que pendant certaines heures ; une pointe hors de ces plages n’entraîne alors pas de frais de puissance.

Le calculateur de facteur de charge montre si le profil comporte des pointes marquées :

Un facteur de charge de 50 % signifie que la puissance moyenne vaut la moitié de la pointe. Il ne dit pas si l’écrêtement est économique : cela dépend de la forme de la pointe. Supprimer 50 kW sur une pointe quotidienne de 30 minutes au-dessus d’un talon plat demande 25 kWh de stockage. Supprimer les mêmes 50 kW d’un plateau de 8 h à 18 h, avec le même facteur de charge, demande 500 kWh. Le calculateur de coût de l’électricité chiffre les frais de puissance.

Redevances de capacité en Irlande et en Grande-Bretagne

Les tarifs de réseau irlandais et britanniques des grands sites professionnels comprennent une redevance sur la capacité maximale d’importation convenue avec le réseau, la MIC, exprimée en kVA. Selon ESB Networks, une MIC trop élevée fait payer une capacité inutilisée ; une MIC trop faible entraîne des frais de dépassement.

Une pointe plus basse ne réduit donc la redevance de capacité que si la MIC est elle aussi abaissée. UK Power Distribution, gestionnaire de réseau britannique, autorise une réduction tous les 12 mois et prévient que la capacité précédente pourrait ne pas être restituée sans renforcement du réseau (barème, paragraphes 2.40 et 2.41).

Le dépassement est le cas où une seule pointe coûte le plus. UK Power Distribution calcule les kVA de chaque demi-heure à partir de l’énergie active et réactive, puis retient le maximum de la période de facturation. Chaque kVA dépassant la MIC est facturé par jour pendant toute la période où le dépassement survient (paragraphes 2.43 à 2.45). En Irlande, le barème 2022/23 d’ESB Networks fixe, pour les sites à comptage par intervalles, une majoration égale à cinq fois le tarif de capacité sur chaque kVA excédentaire pendant la période de facturation (note 5, groupes DG6 à DG9b). Dans les deux cas, un seul intervalle peut fixer les frais de dépassement d’une période entière.

La limite étant en kVA, le facteur de puissance compte. À 0,9, 180 kW représentent 200 kVA. Les deux réseaux facturent aussi l’énergie réactive dépassant un tiers de l’énergie active, ce qui correspond à un facteur de puissance moyen d’environ 0,95. Un onduleur de batterie qui fournit de la puissance réactive, ou une correction du facteur de puissance, peut abaisser la pointe en kVA lorsqu’une réduction des seuls kW ne suffit pas.

Surveiller l’effet de rattrapage

La plupart des charges délestées ou déplacées reviennent ensuite. Une charge devenue inutile, comme l’éclairage d’un local vide, fait exception. Une batterie doit se recharger. Les VE dont la recharge a été freinée demandent davantage de puissance plus tard ; le guide de recharge intelligente des VE l’explique. Les équipements thermiques compensent l’énergie non fournie.

Un bilan simple donne l’ordre de grandeur du rattrapage thermique. Un groupe frigorifique qui fonctionne normalement à 60 % de sa capacité et s’arrête 30 minutes doit rattraper 0,6 × 30 = 18 minutes de refroidissement à pleine capacité. Au redémarrage, seuls les 40 % au-dessus de son régime habituel servent au rattrapage : il tourne donc à pleine capacité pendant environ 18 / 0,4 = 45 minutes. C’est une borne basse ; retards au redémarrage et dépassement éventuel de la consigne s’y ajoutent. S’il appelle 50 kW à pleine charge contre 30 kW en moyenne, il ajoute 20 kW à la charge du site pendant un intervalle et demi après l’événement. Si ce rattrapage coïncide avec le procédé par lots, une nouvelle pointe apparaît.

Examinez les 30 à 60 minutes qui suivent chaque action aussi attentivement que la pointe elle-même. Le calculateur de capacité pour la recharge des VE vérifie, intervalle par intervalle, si les bornes restent sous la limite du site.

Mesurer avant et après

Relevez les données à l’intervalle utilisé par le tarif :

MesureRaison
Importation du site par intervalleValeur retenue pour la facture
Énergie réactive ou facteur de puissance par intervalleLa capacité est facturée en kVA, pas en kW
Puissance de chaque équipement pilotéEffet de chaque action
Puissance à pas court, de quelques secondes à une minuteRéponse et éventuel rattrapage
Exportation si le site produit de l’énergieLe compteur peut calculer un solde net entre importation et exportation
Horodatages UTC et convention d’étiquetage des intervallesCertains exports désignent un intervalle par son début, d’autres par sa fin : 17 h à 17 h 30 peut être libellé 17 h ou 17 h 30. Les jours de changement d’heure comptent 46 ou 50 demi-heures.

Comparez des périodes équivalentes : mêmes jours de semaine, météo comparable en degrés-jours et production similaire. Présentez séparément la réduction de pointe mesurée et sa valeur financière, qui dépend du contrat réel. Le guide sur la mesure des économies explique l’ajustement d’une référence.

Écrêtement des pointes avec EpiSensor

Les compteurs électriques ZEM, placés à l’arrivée et sur les grands circuits, montrent quels usages créent la pointe et combien de temps elle dure. Edge sur la Gateway exécute le seuil comme règle Automation locale : un déclencheur lié à l’importation du site, un délai d’activation qui ignore les brèves pointes et une commande d’appareil qui commute un relais ou écrit une consigne. La règle s’exécute sur la Gateway sans dépendre d’Internet. Edge vérifie les conditions de durée une fois par minute : avec ce délai, la règle agit au moins une minute après le franchissement du seuil. Tenez compte de cette marge pour fixer le seuil.

Les mêmes charges peuvent aussi fournir un service au réseau par l’intermédiaire d’un agrégateur. Le contrôleur de réponse à la demande ZDR associe la mesure à une réponse locale à la fréquence du réseau, par relais pour une charge ou un générateur, ou par consigne pour une batterie ou une alimentation sans interruption. Une centrale électrique virtuelle résulte de la coordination de ces actions ; la solution de réponse à la demande montre l’ensemble du système.

Questions fréquentes

Quelle différence entre écrêtement des pointes et déplacement de charge ?

L’écrêtement réduit la puissance maximale d’un intervalle afin de diminuer les frais de puissance ou de capacité, ou de rester sous la limite de raccordement. Le déplacement de charge reporte la consommation vers une période où l’énergie coûte moins cher. Déplacer un procédé hors de la pointe peut produire les deux effets. Décharger une batterie à la pointe réduit cette pointe sans modifier l’horaire du procédé.

Comment une batterie écrête-t-elle une pointe ?

Le contrôleur maintient l’importation du site sous un seuil. Lorsque la demande le dépasse, la batterie fournit la différence derrière le compteur. Elle doit avoir assez de puissance pour le dépassement maximal et assez d’énergie pour l’aire de la courbe de charge au-dessus du seuil pendant la plus longue pointe attendue. Elle se recharge ensuite lorsque sa puissance de recharge, ajoutée à la charge du site, reste sous le seuil.

L’écrêtement des pointes économise-t-il de l’énergie ?

Pas à lui seul : il abaisse la puissance maximale. Les pertes de conversion d’une batterie augmentent l’énergie totale d’environ 10 % de l’énergie qu’elle déplace. Une charge délestée devenue inutile, comme l’éclairage d’un local vide, économise en revanche de l’énergie.