Au-dessus de 1 MW, un gestionnaire de réseau néerlandais peut limiter en temps réel la puissance active qu’un site de production injecte à son point de raccordement, par une liaison IEC 61850 dédiée. La Realtime Interface (RTI) est la spécification nationale de cette liaison. Le gestionnaire envoie une consigne de puissance active maximale et le site renvoie ses mesures. En cas de perte de liaison, le site revient à une limite de mode sûr définie à l’avance par le gestionnaire.
La base juridique est l’article 14, paragraphe 2, du code européen des exigences de raccordement des générateurs, le règlement 2016/631. Celui-ci impose aux unités de production de type B une entrée permettant de réduire la puissance active sur instruction et autorise le gestionnaire de réseau à spécifier des équipements supplémentaires pour la commande à distance. Les gestionnaires néerlandais ont lancé le projet RTI par l’intermédiaire de Netbeheer Nederland en 2020. La version 1.0 de la spécification technique est sortie le 20 février 2024. La version 1.1, datée du 1er juillet 2025 et publiée en juillet 2025, ajoute le protocole TLS avec authentification mutuelle.
Raccordements concernés par la RTI
La RTI vise les unités de production de type B. Aux Pays-Bas, le Netcode elektriciteit fixe le type B de 1 MW à moins de 50 MW. Le type C commence à 50 MW, et le type D à 60 MW ou à une connexion d’au moins 110 kV. La spécification est conçue pour pouvoir aussi s’appliquer aux raccordements plus importants et à ceux associant production et consommation. Netbeheer Nederland prévoit de l’étendre aux installations plus petites, mais sa page RTI ne donne ni seuil ni date.
Chaque gestionnaire précise dans ses conditions de raccordement si la RTI s’applique. Cet article prend Enexis pour exemple. Enexis exige une commande de puissance par RTI pour tout nouveau raccordement de production supérieur à 1 MW. Pour un raccordement existant, elle ne devient obligatoire que si le client demande une augmentation de la puissance de production au-delà de 1 MW. Liander et Stedin publient leurs propres pages RTI, accessibles depuis celle de Netbeheer Nederland. Lorsque TenneT doit limiter un site sur un réseau de distribution, il s’adresse au centre de conduite de ce gestionnaire de distribution, qui transmet la consigne sur sa propre RTI.
La RTI répond aux congestions. Depuis novembre 2022, le Netcode elektriciteit permet aux gestionnaires de pratiquer une gestion active de la capacité ; depuis avril 2024, le cadre les oblige à raccorder la production jusqu’à 150 % de la capacité nominale du réseau. La RTI rend cette pratique exploitable en sécurité. Elle ne transporte aucune donnée de marché : prix, volumes, offres GOPACS et contrats de service de congestion sont hors de son périmètre.
Fonctionnement de la RTI
Le gestionnaire place son équipement terminal dans le compartiment moyenne tension qu’il utilise déjà au poste du client, ou dans une autre zone sûre à laquelle lui seul a accès. Le client fournit l’emplacement et l’alimentation. La limite de responsabilité est le port RJ-45 de cet équipement. Tout ce qui suit ce port, câble compris, relève du client.
Le câble est une liaison dédiée entre exactement deux hôtes. Côté client, il doit aboutir directement à une interface réseau de l’équipement terminal du client, pas à un commutateur. Les convertisseurs fibre-Ethernet sont permis uniquement s’ils desservent cette liaison et aucune autre. Le gestionnaire fournit l’adresse IP, le sous-réseau et la passerelle de l’équipement du client.
Le protocole est MMS sur IEC 61850, avec le modèle de données des éditions 2 d’IEC 61850-7-4 et d’IEC 61850-7-420. L’équipement du gestionnaire est client et se connecte à celui du site, qui est serveur. La spécification, le Protocol Implementation Document et le fichier SCL définissent ensemble l’interface ; les deux équipements sont configurés à partir de ce fichier SCL. L’équipement du client peut être un contrôleur de centrale, un système de gestion de l’énergie ou un boîtier dédié, à condition de satisfaire la spécification.
| Nœud logique | Données transportées | Sens |
|---|---|---|
| DWMX | Consigne de puissance active maximale en pourcentage de la capacité maximale (WMaxSptPct) ou en MW (WMaxSpt) ; code de motif (SptReas) ; consigne de mode sûr (WMaxSetPct ou WMaxSet) ; délai de bascule en mode sûr (WMaxFto) | Gestionnaire vers site |
| MMXU | Puissance active totale P (TotW) en MW, puissance réactive totale Q (TotVAr) en MVAr, courants des trois phases, tensions phase-neutre et entre phases en kV, et moyenne, maximum et minimum de TotW sur 15 minutes | Site vers gestionnaire |
| DGEN | État de fonctionnement du site (DEROpSt) | Site vers gestionnaire |
| LLN0, LPHD | Version RTI (configRev, par exemple « 1.1.0 »), micrologiciel de l’équipement (swRev) et état de santé | Site vers gestionnaire |
La version 1.1 ne commande que la puissance active ; elle ne comporte pas de consigne de puissance réactive ni de tension. Une consigne positive limite la production et une consigne négative limite la consommation ; les consignes en pourcentage ne concernent que la production. Une seule consigne est active à la fois. Le pourcentage s’applique à la capacité maximale cumulée inscrite dans les formulaires PGMD du site, et non aux plaques signalétiques des onduleurs.
Chaque consigne requiert un code de motif, selon une séquence stricte. Le gestionnaire envoie d’abord le motif, dans un message distinct. L’équipement n’accepte la consigne que si elle arrive dans les 10 secondes suivantes. Un motif ne vaut que pour une seule consigne. Si le motif est la stabilité de fréquence, le site doit atteindre la limite en réduisant la production. Pour tout autre motif, il peut également augmenter sa consommation afin de réduire l’export net.
Délais et précision
| Exigence | Valeur dans la version 1.1 |
|---|---|
| Accusé de réception entre équipements | Moins de 4 secondes |
| Temps laissé à l’installation pour atteindre la consigne | Défini par le cadre d’application du cas d’usage, pas par la spécification |
| Actualisation des mesures | Toutes les 5 secondes ou plus souvent |
| Précision des mesures au point de raccordement | Classe 1, telle que décrite dans l’IEC 61869 |
| Niveau de tension des mesures | Le même que celui des compteurs du distributeur : moyenne tension si ces compteurs y sont raccordés |
| Horloge | Écart maximal de 10 secondes par rapport à UTC |
| Rétablissement de la liaison après retour de l’alimentation ou redémarrage d’un équipement | Moins de 3 minutes |
| Disponibilité de la liaison | 99,00 % sur au moins 6 mois (classe A1 de l’IEC 60870-4) |
Les mesures peuvent provenir d’un compteur situé en aval du point de raccordement, mais doivent tout de même respecter la classe 1 une fois rapportées à ce point. Chaque valeur porte un indicateur de qualité, soit bon, soit invalide. Si l’équipement perd sa source de mesure, il doit passer cet indicateur à invalide.
Mode sûr et démarrage
L’équipement du client surveille la connexion IEC 61850. Si elle tombe, il démarre le temporisateur WMaxFto. Si elle revient avant l’échéance, rien ne change. Sinon, il passe en mode de fonctionnement sûr et le site doit maintenir la consigne de mode sûr jusqu’à réception d’un nouveau motif et d’une nouvelle consigne valides du gestionnaire. Le gestionnaire définit la valeur et le délai du mode sûr et peut les relire.
À la première mise sous tension, en l’absence de paramètres de mode sûr enregistrés, le site ne peut pas injecter tant que trois conditions ne sont pas réunies : la connexion IEC 61850 est établie, un motif et une consigne valides sont arrivés, et la consigne ainsi que le délai du mode sûr sont connus. Cela conditionne la mise en service : un nouveau site ne peut pas exporter avant la mise en route et la configuration de l’équipement du gestionnaire.
Après un redémarrage avec paramètres enregistrés, par exemple après une coupure ou une mise à jour du micrologiciel, l’équipement passe en mode de redémarrage et maintient la consigne de mode sûr jusqu’à la réception d’un nouveau motif et d’une nouvelle consigne. Une mise à jour planifiée peut donc limiter temporairement le site à la valeur du mode sûr.
Au rétablissement de la liaison, l’équipement doit transmettre les moyennes, maximums et minimums de TotW sur 15 minutes mis en mémoire pour les 8 dernières heures au plus, ainsi que les changements d’état de fonctionnement correspondants. Il indique l’état 6 lorsque toutes les unités de production peuvent suivre une consigne et l’état 98 si une ou plusieurs ne le peuvent pas, par exemple lorsqu’un onduleur sur plusieurs est hors service.
Intégration à réaliser par le client
L’équipement terminal reçoit la limite ; l’installation doit l’appliquer. Définissez les éléments suivants pour chaque site.
- Le contrôleur qui maintient la puissance au point de raccordement sous la limite : contrôleur de centrale, contrôleur de la flotte d’onduleurs ou système de gestion de batterie.
- Le parcours de la consigne entre l’équipement terminal et ce contrôleur, ainsi que le temps de réponse de l’installation selon le cadre d’application propre au site.
- La source des mesures MMXU, son niveau de tension et sa classe de précision.
- Le comportement en mode sûr et un essai montrant que l’installation suit la limite après l’expiration de WMaxFto et après redémarrage.
- La façon dont le contrôleur signale une indisponibilité partielle afin que l’équipement terminal puisse transmettre l’état 98.
- La version de chaque composant de la chaîne. La spécification exige un nouvel essai après tout changement, par exemple logiciel ou micrologiciel, qui modifie le comportement RTI.
Exemple : centrale photovoltaïque de 5 MW avec batterie
La capacité maximale d’une centrale photovoltaïque inscrite dans ses formulaires PGMD est de 5,0 MW. Derrière le point de raccordement se trouvent aussi une batterie de 1 MW et une charge auxiliaire et de procédé de 0,4 MW.
Le gestionnaire envoie un code de motif lié à la congestion puis, dans les 10 secondes, WMaxSptPct = 40 %. L’équipement accepte le couple et règle WMaxSpt à 2,0 MW pour assurer la concordance entre valeurs absolue et relative. Le contrôleur de centrale doit désormais maintenir TotW au point de raccordement à 2,0 MW au plus. Avec la charge de 0,4 MW, le photovoltaïque peut encore produire 2,4 MW. Si la batterie charge à 1 MW, il peut produire 3,4 MW. Les deux possibilités sont autorisées pour un motif de congestion. Pour la stabilité de fréquence, le contrôleur doit atteindre la limite en réduisant la production et ne peut pas démarrer une charge de batterie pour y parvenir.
Deux erreurs d’intégration sont fréquentes. Premièrement, si le contrôleur transmet 40 % à chaque onduleur au lieu de boucler sur la mesure au point de raccordement, le résultat dépend de la base de calcul des onduleurs. Avec 5,5 MW de puissance AC nominale cumulée, 40 % sur chaque onduleur donne 2,2 MW de production. À la charge supposée de 0,4 MW, le site n’exporte que 1,8 MW ; si cette charge tombe à zéro, l’export atteint 2,2 MW et dépasse la limite de 0,2 MW. Deuxièmement, s’il ignore la charge du site, il réduit la production de 0,4 MW de plus que nécessaire.
La liaison RTI tombe ensuite. Supposons que le gestionnaire ait réglé WMaxFto à 60 secondes et WMaxSetPct à 30 %. Pendant les 60 premières secondes, l’équipement reste en mode opérationnel et la limite de 2,0 MW s’applique. À l’expiration du délai, le site doit réduire sa puissance à 1,5 MW et la maintenir jusqu’à une nouvelle paire motif-consigne du gestionnaire. Ce dernier décide des deux valeurs ; elles ne sont ici qu’illustratives.
Sécurité et homologation
La version 1.1 protège la session MMS par TLS avec authentification mutuelle. L’équipement doit prendre en charge TLS 1.2 selon l’IEC 62351-3:2023 et l’IEC 62351-4. Un addendum ultérieur de Netbeheer Nederland a supprimé l’exigence initiale de suite cryptographique NULL et reporté l’obligation de conformité à TLS 1.3 à un an après la publication du document d’essais de conformité IEC 62351-100-3 cité dans cet addendum. Vérifiez auprès du gestionnaire, avant la mise en service, la date d’application de TLS 1.3 et les suites cryptographiques autorisées. Seules la version de TLS et les suites cryptographiques convenues avec le gestionnaire peuvent être activées. L’équipement génère sa clé privée en interne : elle ne le quitte jamais et l’importation d’une clé doit être refusée. Le client transmet le certificat de son équipement au gestionnaire, qui l’épingle sur le sien. Le gestionnaire fournit au client son certificat racine pour la validation. Il détermine la durée de validité des certificats, pour laquelle la spécification conseille au plus 15 ans. Les événements de certificat doivent pouvoir être exportés au format syslog RFC 5424.
Le contrat ajoute des obligations pour le site. L’équipement terminal du client ne doit pas être accessible directement depuis Internet ; l’accès distant passe par un VPN ou un serveur de rebond et la solution devrait exiger une authentification multifacteur. Les mots de passe par défaut doivent être changés sur l’équipement et chaque appareil de son réseau local. Le client doit appliquer des correctifs au moins une fois par an, et l’administrateur doit recevoir une formation de base à la sécurité.
Tout nouveau modèle d’équipement terminal doit passer des essais de conformité au Protocol Implementation Document et à l’IEC 62351 avant sa première utilisation. DNV réalise les essais en laboratoire. Netbeheer Nederland publie sur sa page RTI la liste des équipements du gestionnaire et du client qui les ont réussis, par version de spécification. Le gestionnaire peut également imposer un essai de mise en service sur site.
RTI et supervision du site
La RTI fournit au gestionnaire les totaux au point de raccordement toutes les 5 secondes, puis les valeurs de 15 minutes conservées pendant une interruption. Elle ne fournit pas de dossier au propriétaire. Pour vérifier que l’installation a suivi une limite et quantifier la production perdue, celui-ci a besoin de son propre historique : limite active, puissance de chaque onduleur et de la batterie, charge du site et export au point de raccordement, tous sur la même horloge. L’énergie écrêtée correspond à la différence entre puissance disponible et puissance livrée ; enregistrez donc aussi un signal de disponibilité, par exemple la puissance active disponible des onduleurs si le contrôleur la publie.
Les moniteurs électriques ZEM peuvent mesurer côté basse tension les sorties d’onduleurs, les départs de batterie et les charges du site. Sur un site dont le comptage est en moyenne tension, ils ne remplacent pas la source de mesure RTI, qui doit mesurer au niveau de tension du compteur du gestionnaire. Edge, exécuté sur la Gateway, stocke les données localement et les transmet à la plateforme du propriétaire. Si le contrôleur de centrale publie sa limite de puissance active et son état de fonctionnement par Modbus TCP, Edge peut les lire comme client sur l’interface réseau du site de ce contrôleur. Edge ne se raccorde jamais au câble RTI et ne participe pas à la boucle de commande.
Liste de vérification du projet
- Confirmez avec le gestionnaire de réseau que le raccordement est concerné, la version de la spécification applicable et le cadre d’application qui fixe le temps de réponse.
- Choisissez un équipement terminal ayant réussi les essais de conformité pour cette version et convenez du responsable de son intégration aux commandes de l’installation.
- Fournissez l’emplacement et l’alimentation de l’équipement du gestionnaire ainsi qu’un câble dédié, directement raccordé à l’interface réseau de l’équipement du client.
- Régulez sur l’export mesuré au point de raccordement, pas sur des pourcentages appliqués séparément à chaque onduleur.
- Testez un échelon de consigne à la mise en service : relevez l’arrivée du motif et de la consigne, la stabilisation de l’installation et l’export au point de raccordement par rapport à la limite.
- Testez le mode sûr : coupez la liaison, vérifiez que l’installation passe à sa consigne sûre après WMaxFto, puis que les valeurs des 8 heures précédentes sont transmises au retour de la liaison.
- Consignez les versions logicielles et micrologicielles de tous les composants et refaites les essais après toute modification affectant le comportement RTI.
- Conservez pour le propriétaire un historique indépendant des limites, de la production et de l’export au point de raccordement.
Questions fréquentes
La RTI remplace-t-elle le contrôleur de centrale ?
Non. L’équipement terminal du client reçoit la limite de puissance active du gestionnaire. Le contrôleur de centrale, les onduleurs ou le système de gestion de batterie l’appliquent. L’équipement terminal peut être intégré au contrôleur de centrale, mais la boucle qui maintient la puissance au point de raccordement sous la limite reste de la responsabilité du client.
La RTI est-elle une simple liaison de supervision ?
Non. Le site transmet des mesures au point de raccordement au moins toutes les 5 secondes, mais la fonction est la commande : le gestionnaire envoie une limite de puissance active que l’installation applique. L’historique des actions de l’installation pour le propriétaire relève d’un système distinct qui ne doit pas partager le câble RTI.